Quatre heures du matin. Je remonte en zigzaguant la rue Poissonnerie. L’air est suffoquant, alourdi par des pavés qui expirent une chaleur accumulée toute la journée. "C'est la faute aux rayons du soleil !" je lance, créant une rupture avec cette nuit si paisible. Dans ma tête, je précise : "ils cognent la chaussée tous les jours et la rosée inexistante ne lui permet pas de se rafraîchir à la nuit tombée". 

Un soupçon de lucidité me permet d’imaginer que mes pas ne sont pas réguliers. Très vite, l’état second de mon esprit reprend le dessus et je perçois ce jeu de jambes hyper maîtrisé qui me fait marcher dans la rue au rythme de Another one bites the dust chanté par Freddie Mercury himself, sur le toit de l’immeuble en face. "Oooooooh....let's go !"

Un nuage de clairvoyance déboule dans les haut-degrés de ce moment. J'imagine la scène, d’un point de vue extérieur. Dans ce silence total, elle doit être distrayante. Mais je n'ai pas le temps de bien m'en rendre compte, c'est trop fort et trop bon : le show doit continuer. Je remonte le son pour mettre la fièvre à toute la ville. C’est dingue ! Freddie Mercury est bel et bien là, je le vois avec sa petite moustache ! Même la cathédrale remue au rythme de la batterie ! "Are you ready, hey, are you ready for this !"

J’effectue un déplacement au petit trot vers la droite, une main sur la ceinture, les doigts de l’autre écartés vers les étoiles, dansant avec fureur devant des lampadaires qui m’applaudissent. Je cours vers le haut de la rue, saute en l’air dans l’intention de toucher la lune, mais c'est un peu haut. J’atterris, sans tomber, immobile, les bras croisés, le regard sauvage vers mon reflet dans une vitrine, qui pourrait tout à fait être un écran de télévision regardé par des millions de personnes. À cet instant, je me sens star. Je salue.

"Regarde celui-là ! Oh la la ! L’état dans lequel il est !"

Mes idées s’éclaircissent d'un coup net. Je vois un couple d’adolescents dans le renfoncement d'une entrée d'immeuble. Je deviens enfin totalement lucide sur les minutes (peut-être les heures ?) que je viens de vivre, dans un monde à des années lumières de là. Dans la gêne intense de ce moment, je dis : "ouais, bon, Freddie, lâche-moi avec ta musique !" et je donne un coup de tête vers mon épaule. Je suis persuadé que ça ressemble à un téléphone ultra-moderne qu'on raccroche avec l'oreille.

Je jette un dernier coup d’œil vers les ados. Ils ont l'air d'avoir douze ans ! C'est bien jeune pour venir aux soirées étudiantes ! Et moi, je suis certainement déjà trop vieux.

--
Et si vous receviez directement les micronouvelles dans votre boîte mail, le jour de leur publication? Ça se passe >> ICI <<

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s