"It's a fucking job!", pense Jimmy.
Jimmy est publicitaire. Sale boulot. Trouver les bons mots pour interpeller les gens. Créer un capital sympathie ou diabolique, peu importe, pourvu qu'il marque les esprits. Dans sa tête, il ne pense qu'à deux choses : le buzz et le taux de transformation. Il doit réussir à avoir l'adhésion du plus grand public possible, quel que soit le sujet, quel que soit le contexte.

"Repeat after me : make", lance-t-il à son client du jour. Un gros pactole celui-là, tant par sa bêtise que par son budget. Ils sont assis face-à-face, sur des tabourets. Autour d'eux, une équipe s'agite, le stress bourdonne.
"M...milk !", répète son interlocuteur.
Jimmy doit rendre la rouille étincelante. La bouse appétissante. La mort chaleureuse. Jimmy doit vendre ce type au grand public. Créer dans l'esprit du consommateur un sentiment d'adhésion intelligent et réfléchi.

"No, it's : maaaa-keee, relance-t-il, en prenant soin d'épeler.
— Maaa-deee", baragouine le type.
Seul point positif à l'horizon : il n'a que quatre mots à lui apprendre. Car fort heureusement, le public visé est plutôt du genre télé-réalité que film d'auteur. 
Quatre mots. Une seule phrase. Et ça ira pour aujourd'hui.

"Great !, tente-t-il, pour l'encourager.
— Gr...gr...grey !", hoquette son bébé de 70 balais, en s'applaudissant.
Jimmy croise les bras. Sale boulot. Et le temps presse. Il se concentre sur la liasse de billets qui l'attend. Une idée surgit. "Playback !", dit-il à voix haute. Le client se met à mimer un chanteur en serrant son poing pour faire office de micro. Jimmy interpelle son collègue : "Tom, il nous faut un playback : tu coupes le micro du neuneu et c'est moi qui vais parler à sa place !". Jimmy se lève de son tabouret. "En plus, il fait très bien semblant".

Quelques minutes plus tard, le client se dirige sur scène. Face à lui, une foule hurle et l'acclame. En coulisses, Jimmy attrape un micro et attend. Sale boulot. Il observe ses collègues. Ces dizaines de publicitaires, de spécialistes de la communication, de commerciaux affamés, prêts à vendre de la merde en échange d'un paquet de pognon. 

Le client, transpirant, essoufflé, s'approche du micro éteint. Ça va être à lui. "Le pire, c'est qu'on serait capable de réussir à vendre ce dingue", pense-t-il en voyant le type ouvrir la bouche. Jimmy approche ses lèvres du micro. Lentement, il épelle le slogan, lancé pour attiser les fous : "Make America great again !". 

--
Ce texte, remanié, a été publié pour la première fois en mars 2017, sous pseudonyme, sur le blog e-delire.

Et si vous receviez directement les micronouvelles dans votre boîte mail, le jour de leur publication? Ça se passe >> ICI <<

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s