Ils partirent, pris pour trois jours. Une troupe de randonneurs marchait vers la montagne, et une cerise sur le plateau n'arrêtait pas de faire sa tête confite :
« … et puis on aurait pu prendre des manteaux, imaginez qu'il se mette à pleuvoir ! »
Chacun observait l'autre, posant un regard interrogatif sur son voisin déconcerté. Qui était ce plaignant ? Avait-il la moindre idée de la sorte de jurés avec qu'il était parti en cours de rappel ?
Le guide se massait les tempes pour temporiser. Il prit une grande inspiration pour se rafraîchir les idées. Mais l'autre ne s'arrêtait pas.
« … et puis j'ai froid au crâne, je suis hyper fragile du crâne ! »
Le guide cessa sur-le-champ l'escalade de la montagne. Derrière lui, l'effet accordéon fit un carambolage musical. Il traversa quelques rages de dents prêtes à en découdre comme des aiguilles affûtées, et lança un calot à la bille en tête : « mets ça sur ton crâne et arrête de chouiner, il va t'arriver des bricoles ! »
Le guide reprit la tête en s'éloignant de celui qui lui prenait la sienne. Rien n’y faisait : l’insatisfait ne se satisfaisait pas.
« … et puis j’ai la goutte au nez, le rhume n’est pas loin ! »
La perle de morve ne tarda pas à se suicider, apitoyée de ne pas avoir eu de flaire, à naître en sous-marin dans les voies nasales d’un être aussi pénible.
« …et puis j’en ai marre de marcher, quand est-ce qu’on arrive ? »
Le guide sembla démuni de sa fonction suprême lorsque les randonneurs quittèrent leur rang d'oignons, échauffés comme des bains d'huile. Ils se jetèrent à demi-emmêlés sur l'aigre royal. Le chef du convoi se plaignit de sa situation de locomotive abandonnée, observant sans entrain la troupe dérailler : elle saccageait le visage de celui qui n'avait pas pris gare.
« Halte ! Vous êtes en état d'exécration ! » se risqua-t-il en interpellant la rixe.
Ils s'arrêtèrent de passer à tabac la grande tige à la gueule en cendres. L'afflux fut influencé, à l’affût de la main du guide. Ce dernier attrapait dans sa poche un quelque chose qui prenait l'air d'être à sa place. Il composa un numéro sur le quelque chose en question, à la recherche d'une réponse. Le silence était à son comble et manqua d'en hurler de joie, lorsque les randonneurs attentifs écoutèrent le guide au bout de sa vie parler à quelqu'un au bout du fil : « Docteur, qui m'a mis un abruti pareil avec les cyclothymiques ? »
Le ciel dégagé éclaircit alors les idées. Le râleur impacté percuta d'un coup qu'il avait quelque peu écorché son désir d'un tour en cyclomoteur lors de son choix de vacances. 
Dorénavant, il émettrait des réserves sur la qualité d'une réservation faite par téléphone.

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