Ils tombent tous comme des mouches. Tu le vois bien. À la télé, dans les journaux, aux terrasses des cafés, ils ne parlent tous que de ça : la canicule la plus forte qu'on ait jamais connue. Étrangement, tu n'en as rien à faire. T'as ton premier job d'été : inscrire des gens à des balades à cheval, que tu vas même accompagner, parfois. Les vieux sont tout sec derrière leur ventilateur, et toi, tu penses à ton premier chèque. De la thune rien que pour toi, que tu vas cramer vite fait bien fait en fumant tes premières clopes et en absorbant des litres de bière avec tes potes. T'as un peu chaud, c'est vrai... mais pas de quoi faire une insolation. 

Les pauvres vieux. T'y crois pas : ils ont fait la guerre, ils ont connu les tranchées sous la flotte, les ecchymoses aux pieds, les champs de mines et les gueules cassées, et voilà qu'un coup de soleil et hop, terminé ! Ça va relancer le cours du sapin, cette histoire. Mais bon, t'as quinze ans et tu t'en fous. Et puis, tu te dis que la Terre est surpeuplée. 

Alors, tu flânes sur ton scooter et tu penses que la vie est belle... Elle est même sacrément belle, parce que bon...il y a Pauline. La bombe brune aux yeux verts, un peu bourgeoise. T'en reviens pas de sortir avec elle ! C'était inattendu, elle était l’inaccessible. Un copain a joué le passeur de mots et voilà que depuis une semaine, tu sens sa petite langue fine remuer sous ton palais, avec ses petits mordillements de lèvres qui te rendent fou. L'autre jour, tu as même ressenti ses seins quand elle t'a enlacé tout contre elle. Si c'est pas chaud, chaud, chaud, cette histoire !

Ce soir, le téléphone sonne et ta mère hurle depuis le rez-de-chaussée que c'est pour toi. Tu prends la ligne : "ouais, c'est bon maman, raccroche". Au bout du fil : Pauline. Tu penses à sa langue et à ses petits seins. Peut-être qu'un jour, vous ferez l'amour et deviendrez adultes. Elle a une voix bizarre. Tu vas vite oublier comment elle annonce le truc, mais voilà : elle casse. "Tu comprends, j'aime encore Marc", elle fait.

Tu raccroches, descends nonchalamment l'escalier. Quel connard ce Marc. En bas, la télé est allumée et le présentateur parle de dix mille morts. "C'est chaud, chaud, chaud, cet été!" balance ton père. Tu soupires. "Ouais, putain, quel été".

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