En traversant les frontières, Myriam était dans tous ses états. Systématiquement, les avions la faisaient planer. Le décollage et l’atterrissage la propulsaient dans des élans érotiques. Ces derniers élevaient son sang aux quatre coins de ses deux pommettes, provoquant par la même occasion une fulgurante force d’attraction qui happait des montées de température dans la douceur de son entrecuisse.

Actuellement en vitesse de croisière, les passagers faisaient une sieste de transition. Myriam était remontée comme un train d’atterrissage. L’envol du charter avait chatouillé le bas de son ventre, l’imminence de la descente lançait des pulsions intenables et inavouables en grand public. L’idée la caressait de se flatter sans attendre, à dix mille mètres au-dessus des flaques d’océan. Elle risquait d’exploser d’un attentat à la prudeur, ce qui faisait mauvais genre dans un avion. 

Pour changer de sujet, elle tentait de manipuler ses pensées, de leur coller le cerveau dans le souvenir d’un beau jour plus vieux. Elle jetait son regard par-dessus les nuages pour observer les gouttes se jeter dans le vide. Elle reluquait le cocote-pilote qui se mit au parfum des hélices en empalant son regard à travers le hublot. Elle se rappelait de la réception du papier qui lui faisait ne plus toucher terre : elle avait appris la durée du vol par un long courrier.

Malgré ses efforts, rien n’y faisait : elle ne songeait qu’aux vibrations stimulantes de la poussée brusque sur la piste, et à cette levée soudaine qui fit battre les ailettes de son intimité ardente. Alors, elle décida que tant pis. Elle tapissa ses cuisses d’une couverture de magazine et engouffra ses doigts bouillants sous le papier glacé. Elle souleva le voile de sa jupe en feignant une pustulinette à grattouiller. Elle comptait sur les moutons pour garder assoupie sa voisine de rang. Là, au bout de son index, un bouton d’or et d’éden brillait de mille éclats. Elle le détourna délicatement de sa trajectoire, lui fit faire trois ou quatre loopings, puis glissa le long d’une ligne qui la rendit aérienne.

Son envol fut stoppé par une hôtesse plantée devant elle comme un gratte-ciel. Myriam fit mine de composer avec une bonne figure tiraillée, souriant des yeux pour laisser voir à la personne naviguant que ce n’était qu’une toute petite chatterie de rien du trou. Sur son visage, l’autre avait l’air de s’en foutre jouissivement. L’hôtesse hautaine ouvrit la bouche pour recracher des injures ou une offense publique qui réveillerait les passagers, mais la caresseuse encore excitée fut sauvée par le gong : l’appareil allait atterrir.

Myriam était soulagée. Elle mit un doigt d’honneur à saluer l’hôtesse du majeur, bien contente que même elle dut rejoindre sa place sans gémir. Seulement, son souffle était encore tiède et son sexe chaud. La perte d’altitude laissa sa tenue en l’air et elle ne savait pas la bonne manière de s’éprendre. Il n’y eut besoin de rien : l’avion cogna le sol et la puissance du freinage débrida les désirs de Myriam, qui rejoignirent d’un coup le septième ciel. L’appareil trembla moins longtemps que son corps. Ce baptême de l’air la maria pour l’éternité avec l’aviation. Pour le meilleur et pour le jouir.

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